Ouvrir l’espace en soi pour une communication avec le vivant

L’arbre aux étoiles a été partenaire du Colloque « Dialogues avec l’animal », qui s’est tenu à la Maison de la radio à Paris le weekend du 6-7 octobre 2018. Un événement organisé par l’association TAAC sur le thème de la communication inter-espèces avec un grand nombre d’intervenants à la fois issu du monde scientifique, de la philosophie, des journalistes, des communicatrices animalières, des pédagogues…

Ce témoignage sur la communication inter-espèces  retranscrit ce qui nous tient à cœur dans notre rapport au vivant.

 

« Ouvrir l’espace en soi »
par Cyril Guiraud

Il me semble que si nous souhaitons avancer sur la question de la relation inter-espèces, nous sommes de suite interrogés sur la qualité de notre relation au vivant. Comment le percevons-nous ? Nous considérons-nous constitués de la même essence qu’un arbre, un oiseau ou même le vent ? Cette relation est-elle de l’ordre du concept ou plutôt issue d’un vécu et d’une réelle interaction entre êtres vivants ?

Par rapport à cette question fondamentale, mon parcours de vie a été comme un jeu de cache-cache. J’en prends pleinement conscience aujourd’hui, puisque, dans ma vision aujourd’hui, d’autres équilibres ont pu se mettre en place, ceux que je recherchais depuis mon enfance… Je viens d’un milieu plus tourné vers la culture que la nature malgré le fait que je quittais régulièrement la ville pour me rendre à la campagne durant les vacances. Cependant, je n’ai pas eu autour de moi quelqu’un, une personne de ma famille, un ami ou un prof d’école, un guide en somme, qui m’ait parlé de la nature telle que je la perçois aujourd’hui.

Je rêvais secrètement d’avoir un « maître » qui me fasse aimer mon être. Maître que l’on peut écrire en langue des oiseaux « m’être », soit « aime-être », c’est-à-dire une invitation à ce que l’être s’aime !

Cela a généré un déséquilibre dont j’ai pris conscience des années plus tard. J’avais en réalité une soif de cette connexion profonde avec la nature (très justement évoquée par Cécile Faulhaber dans son film documentaire « L’autre connexion »), de ce côté conscient, intelligent – sacré même – des animaux des végétaux, des minéraux, de la planète entière ! Et je ne vivais pas sur Terre cette réalité que je pensais trouver…

Grosse déception ! Cela m’a amené à me mettre en retrait, à observer ce monde que j’ai très vite qualifié d’étrange – sans que cela me donne l’envie de m’engager plus avant sur ce que je devinais de sa « vraie réalité », la Pacha Mama comme l’appelle les Amérindiens, ou Gaïa selon l’appellation que lui donnaient les Grecs et reprise par le scientifique James Lovelock en 1970 avec « l’hypothèse Gaïa »…

Aujourd’hui, je la sais pleinement inspirante, enseignante, et sacrée. La nature nous apprend à ouvrir l’espace pour pouvoir accueillir en nous le vivant et les intelligences qui vont avec, c’est l’un de ses plus beaux enseignements. Elle ouvre et elle initie.

Plusieurs événements marquants m’ont permis cette ouverture, cette transformation intérieure que je cherchais vainement à l’extérieur. Ces expériences se sont passées lors de rêves, méditations, voyages chamaniques, ateliers de communication animale ou même de manière très simple, dans un regard croisé avec un animal qui amène à une prise de conscience. Ces moments intuitifs ont été vécus avec des chats, des chiens, des rats, des hérons, la lionne d’un cirque, un éléphant qui m’a permis de vivre une vraie libération (à distance lors d’un voyage sensoriel les yeux fermés) mais aussi des arbres apparus dans des rêves (qui se sont présentés comme des frères), l’air qui vient m’inspirer une idée, le soleil ce grand maitre considéré comme tel depuis la nuit des temps, rappelons-nous !

Oui la relation inter-espèces telle que je la vis, va jusque considérer une planète ou une étoile comme un sujet d’interaction. Ce ne sont que nos croyances ainsi que notre regard, qui nous limitent ou qui nous permettent cette expansion. Cela demande en revanche d’élever son champ vibratoire afin de discerner dans la réalité observée ce qui relève d’une juste perception ressentie ou d’un sentiment erroné du à une projection, un fantasme ou d’une volonté trop appuyée comme « vouloir à tout prix percevoir » et du coup, se trouver dans un plan mental plus égotique qui de fait, va nous pousser hors de l’expérience …

Notre monde va du microcosme au macrocosme et je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que les planètes de notre galaxie, ou les étoiles de notre ciel, ne sont pas une illusion ni une fresque inerte dépourvue de vie. Tout cela obéit à une mathématique et un plan d’évolution que nous ne pouvons absolument pas contrôler. J’aime la phrase d’un indien Navajo dans le documentaire « Hozho, marcher dans la beauté » qui s’exprime en ces termes : « Notre Terre tourne sur elle-même à l’inverse du sens des aiguilles d’une montre, est-ce que le gouvernement peut y changer quelque chose ? » Nous ressentons bien aujourd’hui à quel point notre planète avec tous ses composants de feu, d’air, d’eau et de terre, est un organisme vivant absolument incroyable d’intelligences.

L’essentiel à mon sens est que l’expérience doit être vécue personnellement – de manière intime – pour qu’elle puisse être comprise et intégrée. Sinon cela restera une théorie.

Par ces expériences d’ouverture au vivant, j’ai appris ce que veut dire l’engagement, la responsabilité, l’enseignement, la reliance … Le vivant nous amène effectivement très vite à la notion de la coopération et de l’entraide.

La question n’est plus de savoir si ce qui a été vécu est vrai, mais comment agir pour que la majorité d’entre nous puissions vivre ces mêmes prises de conscience. Afin que nos sociétés ouvrent à nouveau leur espace au vivant, aux intelligences de la création.

La relation inter-espèces nous amène de fait à un travail sur soi. Cela peut sous-entendre de déposer ses croyances, de transformer son regard sur le monde et notamment sur le peuple animal et végétal. Ce travail peut se faire par le biais du développement personnel ou d’une pratique énergétique telle que le yoga ou le qi gong par exemple.
Ces disciplines énergétiques millénaires ont un potentiel puissant de transformation, elles permettent de relier nos différents espaces intérieurs, nos différents corps : le corps physique, le corps mental et le corps émotionnel. Cet alignement induit alors la conscience d’une verticalité.

Nous sommes effectivement autant soumis aux lois de la terre (forces tellurique) que par celles du ciel (forces cosmiques). L’individu peut ainsi accueillir sa dimension spirituelle – de se ressentir profondément plus grand, plus vaste qu’il ne se pensait. Un des effets secondaires positifs est le fait que notre personne se retrouve, par ces pratiques et prises de conscience, équilibrée et stabilisée dans sa multi-dimensionnalité.

Nous vivons effectivement dans une multiplicité de champs de conscience différents selon les moments de notre journée et de notre nuit. Cinq types d’ondes cérébrales sont décrites : les ondes Delta durant le sommeil profond, les ondes Théta liées à nos capacités imaginatives, à la réflexion et au sommeil, les ondes Alpha pour un état de relaxation et de méditation, les ondes Bêta sur notre état de réception et de concentration, et enfin les ondes Gamma liées à des tâches de traitement cognitif élevé. Certaines agissent à basse fréquence, d’autres à une fréquence plus élevée. Cependant, ensemble, elles sont capables de constituer une harmonie où nos pensées, nos émotions et nos sensations peuvent atteindre un équilibre parfait, de sorte que nous nous sentons plus attentifs et réceptifs à tout ce qui nous entoure.

Cette prise de conscience du vivant peut être aussi vécue de manière directe par la nature lors d’une simple balade en forêt. La richesse de ce qui va être vécu va en fait dépendre de l’intention et du regard qui seront posés : vais-je passer la majorité de cette balade à être dans mon mental à ressasser les soucis du moment ? Ou vais-je aller à la rencontre de ce que je ne sais pas encore ? De cet inconnu qui compose notre monde ? Une synchronisation naturelle se pose ainsi sur le plan intuitif et sur le plan analytique de nos deux hémisphères respectivement droit et gauche. Nous pouvons ainsi nous ouvrir au vivant ce qui va nous permettre de prendre conscience que nos cellules sont en résonnance constante avec la nature. Il reste à poser notre intention qui va mettre le focus sur ce que l’on souhaite percevoir.

Le vivant nous montre qui nous sommes dans cette notion multi facettes de notre être que nous avons à découvrir. Cela nous invite ainsi à une plus grande et plus belle Humanité.

Nous avons créé dans ce sens il y a 6 ans, avec ma femme Maylis, l’Arbre aux étoiles, un eco-lieu dédié à la transmission de savoir-être et de savoir-faire en Normandie près de Honfleur. Nous nous percevons comme un lieu de ressourcement et d’inspirations, dans une dynamique de renouveau sociétal et environnemental.
Depuis l’origine du projet, nous sommes très attachés à relier l’humain avec le vivant, à montrer la beauté de nos singularités et de nos diversités. Tout comme nous avons pu voir les nombreux dégâts de la monoculture dans l’agriculture, je crois que la mono-espèce a fait son temps, et qu’il est vraiment temps de se relier à nouveau au vivant. Ainsi, nous accueillons de nombreux stages dans ce sens et notamment des stages de communication animale, de reliance au vivant ou de permaculture.

En parallèle, convaincus que l’éducation est une des clés majeures de la transformation de notre société, nous avons co-créé une école alternative « Champ libre » qui a ouvert ses portes à la rentrée 2018 / 2019, et au sein de laquelle nous proposons des ateliers de communication animale.

Ces ateliers, qui sont adaptés aux enfants, reposent :
– Sur la simplicité :
Écouter le chant d’un oiseau les yeux fermés et s’interroger : est-il gros, petit, coloré ? Quelle histoire raconte son chant ?
– Sur l’observation
Explorer et observer ce que la nature nous enseigne: par exemple, une fourmi qui porte jusque 1000 fois son propre poids nous enseigne qu’on peut être à la fois petit et puissant
– Sur l’importance de l’intention et la possibilité d’interaction
Interagir avec la nature en tant qu’être vivant

Dans notre vision, il est essentiel de conforter les enfants dans le fait que la communication animale et la reliance au vivant comme étant des intelligences avec lesquelles il est possible d’interagir, font partie intégrante de notre condition d’être humain. Notre rôle est de valider auprès d’eux que leur intuition est bonne, que les expériences que certains d’entre eux vivent déjà sont tout à fait juste dans le monde dans lequel nous vivons.

C’est cette réalité que nous avons à vivre aujourd’hui, pour nos enfants, pour le vivant, pour le peuple animal et végétal, pour toute notre planète. Le « tout rationnel » a fait son temps et il nous ait demandé – avec une certaine urgence même au vu de l’état nos éco-sytèmes – de se relier au vivant dans ce qu’elle a de sacré et de mettre en place une collaboration saine, durable et équilibrée.

Nous appelons de nos vœux cette nouvelle Terre.

Je souhaiterais – en fin de ce témoignage – citer Tenzin Wangyal Rinpoché grand maitre Tibétain. Ce texte est tiré du livre « La pratique du yoga du son » par Denis Fargeot dont j’ai suivi le cycle de base en 2018. Le son, le chant sont des outils puissants qui permettent d’ouvrir l’espace en soi.

La sagesse tibétaine est riche de 18 000 ans de connaissance des mécanismes de l’esprit, portée par des millions de pratiquants au cours des siècles, des milliers d’êtres éveillés, avec des expériences directes de la nature de l’esprit, avec une connaissance approfondie des éléments. Les expériences d’amour, de félicité, en lien avec la nature, avec l’espace, avec les êtres, avec les éléments sont des aperçus de notre nature.

« Pour accéder à notre nature ouverte et pure, nous contactons d’abord l’espace. Se connecter profondément avec soi-même revient toujours à contacter l’espace. La qualité de l’espace est l’ouverture. Il faut du temps pour reconnaitre l’espace ouvert de l’esprit et se familiariser avec lui. Au niveau corporel, cet espace pur peut être occupé par la maladie ou la douleur. Sur le plan énergétique, il peut être occupé par des blocages émotionnels. Sur le plan mental, il peut être occupé par des voiles tels que le doute ou le flux permanent des pensées. » Tenzin Wangyal Rinpoché

Un Commentaire

  1. annette
    a écrit le 4 décembre 2018 à 19 h 17 min

    Je suis très touchée par ce texte, reflet de ton âme, de ton cœur…..et je suis honorée de t’avoir rencontré cet été !
    Vous faites tous les deux une transmission d’amour pour nous élever vers notre véritable nature.. Merçi, merçi, merçi

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